( J’ai voulu trouver mon professeur de Français quand je me suis trouvé en Occident lui témoigner mes sentiments de reconnaissance pour tout ce qu’il avait fait pour nous. Je ne l’ai pas trouvé.
Par ASTRIT LEKA*
J’habite Genève depuis 1990, donc avant la brusque ouverture de l’Albanie communiste, mon pays d’origine où je suis né à Saranda le 20 décembre 1924. J’ai mené sans arrêt une lutte passionnée pour la liberté des peuples, les droits de l’homme, les mines antipersonnel etc., en Suisse, ce pays neutre, surtout à Genève. Je suis un ancien élève du Lycée national français de Korça ( 1936-1939 ), où j’ai pris mes leçons de démocratie et surtout j’ai renforcé l’éducation reçue dans ma famille pour ne pas me soumettre aux injustices et de me battre toujours pour la liberté des peuples, ce qui a caractérisé ma vie que j’ai menée depuis plus de 66 ans.
A l’occasion du 60e anniversaire de la victoire sue les nazis il est grand temps pour moi d’écrire mes mémoires, d’ancien combattant décoré de
1.Des gens concernés dans les activités de la Ligue de Prizren 1978 ( contre le Congrès de Berlin qui a mutilé les territoires habités d’Albanais dans les Balkans, dont les erreurs ont été corrigées par notre génération), des députés et des ministre du Roi Zog des Albanais, des ministres et généraux fascistes italiens y compris le dictateur Benito Mussolini le 27 août 1939, dans la « Salla Grande del Palazzo Venezia » ( faisant partie de la délégation des meilleurs élèves et des intellectuels de l’époque) , et des commandants des divisions italiennes qui se sont rendues à nous après la capitulation du 8 septembre de 1943, avec lesquels j’ai traité les conditions de la reddition.
2. Les chefs de
3. Les nouveaux dirigeants de la dictature après la décapitation d’une partie des vrais héros de
On me considérait embourgeoisé pour avoir obtenu trois diplômes, après 12 ans d’études universitaires excellentes, sans avoir jamais eu la possibilité de fréquenter les leçons d’éminents professeurs préparés à Sorbonne, Oxford, Vienne, Rome etc. qui n’étaient pas encore décapités. Je devais travailler pour assurer le pain de la famille parce que la dictature nous avait exproprié de tout. Après ces 15 ans d’activités sociales et politiques déployées en Occident surtout à Genève, où j’ai eu des contacts directs avec des dizaines de personnalités politiques depuis Gorbatchev à Kofi Annan et d’autres personnalités mondiales de
Je dois les écrire, pour ne pas les prendre dans la tombe comme quelques uns de mes compagnons, qui avaient contacté Staline, Khrouchtchev, Mao, Kim Ir Sen, Ho Shin Min, Tito, Enver Hoxha, avec lesquels nous avions convenu en 2000, d’écrire nos mémoires, mais qui sont morts dans les deux ans suivantes sans rien écrire. Dommage. En effet je dois commencer les mémoires de ma vie active, par mon baptême dans la lutte pour la liberté quand notre professeur du Lycée français en Albanie, Jean Jacques Winkler le 4 avril 1939, à la veille de l’agression fasciste de notre pays par l’armée de Mussolini de 8 millions de baïonnettes, nous lut en classe le morceau choisi de A. Daudet « La dernière classe » et écrivit au tableau noir "Mourir pour la patrie c’est le sort le plus beau". La classe s’électrisa. Moi je répondis au professeur en déclamant des vers de notre poète national, le Père Georges Fishta qui correspondaient à la maxime du peuple français écrit au tableau noir, ( pour celui qui meurt pour la patrie, on ne dit pas qu’il est mort, mais qu’il est né ) . Toute la classe se leva et se dirigea vers la porte. Pour la première fois, comme collectif, nous avons enfreint la discipline. Mais ce fut une infraction historique. Nous sortîmes de classe, les larmes aux yeux, chantant
Et c’est juste en ce moment que dans les couloirs de l’école retentit notre marseillaise qui s’unissait à celle chantée par les élèves des classes de Philosophie et de toute l’école. Ce qui fit que tous les élèves se dirigèrent vers la ville pour s’unir au peuple qui manifestait contre
l’agression fasciste. Nous les élèves du Lycée nous avons ajouté la marseillaise aux chants patriotiques de la manifestation historique. Dans la mémoire de ses rares élèves qui sont encore en vie reste inculquée cette «dernière classe » et l’adresse de notre professeur : "Jean-Jacques Winkler, Villa
En effet les fascistes fermèrent notre lycée et chassèrent nos professeurs français que le futur avéra qui avaient été une source d’une bonne éducation démocratique et de bons sentiments qui nous ont accompagnés toute la vie dans notre lutte pour la liberté et les droits de l’homme, que nous avons défendu depuis la vie au lycée français jusqu’au dernier souffle de notre vie. Moi personnellement ayant le privilège de les défendre et de les jouir encore aujourd’hui dans ces festivités du 60e anniversaire de la victoire sur les nazis en Europe et ailleurs, depuis le 6 juin en Normandie, où le Président J. Chirac me félicita en personne en me présentant au Chancelier Schröder par ces mots: "Voilà un ancien combattant d’un petit pays l’Albanie".
L’Albanie et
J’affirme avec conviction que notre lycée français de Korça a donné à l’Albanie le plus grand nombre de cadres, dont la plus part ont été limogés par le dictateur à cause de leur éducation de non soumission aveugle qu’ils avaient prise au lycée pour compléter celle de leurs familles et de leur peuple épris de liberté. J’ai voulu trouver mon professeur de Français quand je me suis trouvé en Occident lui témoigner mes sentiments de reconnaissance pour tout ce qu’il avait fait pour nous. Je ne l’ai pas trouvé.
Je suis arrivé à trouver ses traces. On m’avait dit qu’il était déjà mort et que sa femme vivait à Bordeaux. Dans un défilé des anciens combattants que nous avons fait à Genève avec les Français une femme m’a dit que mon professeur avait été le cousin de mon professeur Jean Jacques Winkler, mais elle n’a pas pu me dire de plus. En Italie le Journal " *ASTRIT LEKA - Conseiller général de 