Né à Shkoder (Albanie) en 1947. Descendant d'une famille d'artistes et de chercheurs reconnus, et de ce fait disgraciée par le régime dictatorial, Primo préféra se maintenir dans l'ombre pour ne pas avoir à subir, lui aussi, la persécution. Il fit néanmoins pendant vingt ans le petit maître de campagne, s'affrontant à des conditions de vie particulièrement défavorables. Féru de langues étrangères et de culture classique et moderne, il succombe lui aussi au "gène" de la famille et écrit des vers, qu'il prend bien soin de ne pas montrer. À la chute de la dictature, il en profite pour s'évader en Grèce. Dès la publication de son premier volume, Fleurs nocturnes (1994), il devient le poète admiré de la jeune génération et certains même l'identifient à un nouveau Baudelaire albanais. Ses deux volumes ultérieurs confortent sa notoriété, en révélant un poète mûr et sûr de ses moyens.
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JE T'AI AIMÉ
Je t'ai aimée...
L'amour n'a pas de présent,
L'amour n'a pas d'avenir,
Il n'a que le passé :
Je t'ai aimée.
L'amour est libre comme une main sur le sable.
L'amour est aveugle et débarrassé de la peau.
L'amour est dément comme une main sur la chair.
L'amour meurt quand les mots s'achèvent.
L'amour meurt quand les plaies guérissent.
L'amour est impatient de tout recommencer.
L'amour croit tout,
L'amour espère tout,
L'amour ravale tout,
L'amour pardonne tout,
L'amour habite les mains...
Je t'ai aimée...
L'amour n'a pas de présent,
L'amour n'a pas d'avenir,
Il n'a que le passé :
Je t'aurai donc aimée ...
NOMBRE DEUX
J'étais fou de croire
Que l'amour vient.
Non. L'amour s'en va,
S'en va toujours.
L'amour n'a pas de visage.
Il n'a que le dos.
Il marche tout le temps à reculons
et va jusqu'aux extrêmes.
Comme la vie.
La vie mineure.
Qui dure.
Cette vie modeste, faite par nous deux.
Et par tous les autres deux qui soient.
Le nombre deux.
Le nombre le plus grand du monde.
Illimité.
Monde enfui au creux de la poitrine.
Monde qui marche à reculons.
Monde qui va aux extrêmes.
Monde qui dure.
J'étais donc fou de croire
Que l'amour s'en va.
Non, l'amour vient.
Retourne et revient.
Peut-être ?
( Poèmes traduits de l'albanais en français par Ardian Marashi )