Paul Verlaine
(1844-1896) CHANSON D'AUTOMNE Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone. Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure. Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte. ( Poèmes saturniens ) /http%3A%2F%2Fwww.archive-host2.com%2Fmembres%2Fup%2F668643967%2Fsimbadi%2Fverlaine.jpg)
On retrouve dans "Chanson d'automne" le thème du poète incompris, confronté à un sort qui lui est contraire et ballotté dans un monde qui lui est hostile. Verlaine se cache ici derrière une saison pour nous donner le reflet de son état d'âme. L'automne devient un paysage et un lien s'établit entre la saison qui précède la fin de l'année et ce qui prélude à la fin d'une vie. Ce n'est pas l'automne avec ses connotations positives de récoltes et de flamboiement de la nature mais un fin mélancolique, angoissante comme une mort. C'est l'automne qui sert de prétexte à la mélancolie du poète et tisse un lien étroit entre le paysage et l'âme du poète. Le paysage extérieur (l'automne) et le paysage intérieur (l'âme) finiront par se rejoindre au dernier vers, " Pareil à la feuille morte ". La fusion est consommée. Le poème se compose de trois strophes de six vers selon une combinaison de rimes appelée "rythmus tripertitus", la même rime se répétant après un groupe de deux vers. Toute la subtilité du poème réside dans ce côté répétitif de ce vers de trois syllabes dont l'isolement reflète l'incertitude du poète, son angoisse et sa solitude. C'est une musique trébuchante, une mélodie de fausses notes où la plainte se fait peu à peu silence.