Ismail Kadare "Un climat de folie" suivi de "La morgue" et "Jours de beuverie" Traduit par Tedi Papavrami, Paris, Fayard, 2005, 240 pages, 16,15 euros.
Ce recueil fait pendant à L’Envol du migrateur paru en 2001, et qui comporte lui aussi trois microromans, genre propre à Kadaré et où son talent de conteur trouve à merveille à s’épanouir. Dans Tournées, deux jeunes étudiants conçoivent le projet de se rendre dans une ville du fin fond de l’Albanie afin d’y chercher le manuscrit perdu d’un grand poète albanais du début du XXe siècle. Cette sorte d’épopée rocambolesque et absurde est racontée à la première personne par l’un des protagonistes dont le discours de cancre et de pilier de bistrot n’empêche pas les saisissantes descriptions. Le style est empreint d’une vivacité et d’une spontanéité tout à fait inédites dans l’œuvre de Kadaré. On y goûte un humour permanent et un comique de situations spécifique (lors d’une projection de cinéma, par exemple) qui résument à merveille l’atmosphère des lieux et de l’époque - au plus froid du stalinisme albanais-ainsi que, de manière plus intemporelle, la déréliction où une jeunesse à la dérive est entraînée par sa quête de singularité. Le Mépris (1974) et De la folie (2004) évoquent respectivement les aventures d’un carriériste pris au piège de la bureaucratie communiste et l’enfance de l’auteur. Gravité et émotion empoignent le lecteur à la fin de ces pages avec une force peu commune, quoique attendue (les évènements de chaque court chapitre sont annoncés un peu comme le titre des articles dans un journal), le laissant sur une impression de grand trouble à laquelle il ne s’était pas préparé en entrant dans ce récit.
La loi du kanun: Dette de sang
Glénat, 2005, 48 pages, 11, 40 euros
Une bande dessinée pour découvrir l’Albanie...
Que pensez-vous de Leka, le jeune orphelin adopté par Nykita, l’immigré russe ? Ce garçon de tout juste 13 ans qui vend parfois des oeufs à ses voisins ? Un visage franc, une silhouette malingre et un regard pétillant, sympathique, tout pour attirer la confiance. Et pourtant... Pourtant, dans cette Albanie des années 60, « socialisée » jusqu’aux tréfonds de son âme à outrance, Leka accomplit un drôle de commerce... Avec son tuteur Nykita, il s’adonne au rapt d’enfant qu’il revend à de riches familles italiennes en mal de paternité ! Il faut dire que l’enfance de Leka est émaillée de difficultés sévères qui l’ont petit à petit mené dans ces ornières. Le père de Leka et Nykita, comme tous les fonctionnaires de l’appareil bolchevik, avaient été envoyés d’U.R.S.S. en Albanie pour former les futures élites du Parti. Cependant lorsque Kroutchev cessa toute coopération avec le pays « sécessionniste », tous ces Russes retournèrent dans
Call me by my Name : le handicap dans les Balkans
"Call me by my Name" est le nom d’un ouvrage que 5 photographes du collectif Luna ont réalisé. Au printemps 2004, les photographes de Luna (Raymond Dakoua, Serge Goloubenko, Christophe Smets, Karl Blanchet et Elisabeth Blanchet) sont partis dans les Balkans photographier des personnes handicapées.En Bosnie, au Kosovo, en Macédoine, en Serbie et en Albanie, ils sont allés à leur rencontre, chez elles ou dans des institutions. Ils sont allés chercher les signes de ce qui, aujourd’hui, se transforme, lentement, difficilement. Ils viennent, avec ces images, témoigner d’un univers en mutation. Ils nous laissent voir un « entre deux ».Comme tous les groupes vulnérables, les personnes handicapées payent le prix le plus lourd à la transition vers une économie de marché. Longtemps, leur situation a été caractérisée par le silence, l’attente et l’impossibilité de choisir pour soi. Dans un système où les principales propositions de soutien offertes à la personne étaient l’institution ou le confinement à domicile, les personnes handicapées se trouvaient, ce qu’il convient d’appeler, institutionnalisées. Dans un contexte de profonde mutation des sociétés d’Europe du Sud-Est, les systèmes médicaux-sociaux, éducatifs, économiques sont en pleine restructuration : création de nouvelles formes d’hébergement, développement de services de soutien à domicile, soutien à l’éducation inclusive. "Call me by my Name", projet entièrement financé par Handicap International South East Europe, est un livre qui donne la parole à chacune des personnes handicapées de la région demandant à être reconnues pour choisir sa vie.
Fatime Neziroski
Manuel de conjugaison des verbes albanais
L’Harmattan, 156 p., 13,75 euros
Fatime Neziroski est diplômée, en albanais, de l’Institut des Langues et Civilisations orientales (INALCO) et titulaire d’une maîtrise de Lettres modernes spécialisées à
Angelin Preljocaj
Actes Sud, 2003, 37,05 euros.
"Angelin Preljocaj est un des chorégraphes majeurs de la danse contemporaine française. Son oeuvre, interprétée par les plus grands ballets du monde, demeure cependant, comme son nom, empreinte de mystères"."Angelin Preljocaj, qui a passé les frontières des Balkans dans le ventre de sa mère, est venu au monde dans un univers
doublement étranger, séparé dans le même temps d’un pays et d’un corps d’origine, exilé dans des frontières physiques infranchissables. Mais il n’a pas oublié : derrière ceux qu’il fait danser se profilent toujours des fantômes étranges que lui seul semble voir". Avec Guy Delahaye, nous avons à notre tour marqué ces contours vagues, en les nommant, en les fixant sur la pellicule. Afin qu’après d’éphémères spectacles quelques traces subsistent, nettes, de ces mondes entrevus juste avant l’exil", écrit Agnès Freschel, qui vient de publier la première biographie du célèbre danseur d’origine albanaise.
Vent faste
Ed. Castor Astral, collection Escales du Nord, 242 pages, 14,25 €.Le premier roman d’un auteur belge traduit en albanais ! En mai 2000 paraissait aux éditions Castor Astral (Bordeaux), Vent Faste, le premier roman de Daniel Soil, auteur vivant à Bruxelles, par ailleurs conseiller au CGRI, promoteur des artistes belges francophones à l’étranger. Le roman évoque d’étranges relations entre
© Simbad