LES PLUS BEAUX VERS
Les plus beaux vers sont ceux qu’on n’écrira jamais,
Fleurs de rêves dont l’âme a respiré l’arôme,
Lueurs d’un infini, sourires d’un fantôme,
Voix de plaine que l’on entend sur les sommets.
L’intraduisible espace est hanté de poèmes
Mystérieux exil, Eden, jardin sacré
Où le péché de l’art n’a jamais pénétré
Mais que tu pourras voir quelque jour, si tu m’aimes.
Quelque soir où l’amour fondra nos deux esprits,
En silence, dans un silence qui se pâme
Viens pencher longuement ton âme sur mon âme
Pour y lire les vers que je n’ai pas écrits...
Edmond Haraucourt
1856 -1941
Edmond Haraucourt, né à Bourmont (Haute-Marne) le 18 octobre 1856 et mort à Paris le 17 novembre 1941, est un poète et romancier français, également compositeur, parolier, journaliste, auteur dramatique et conservateur de musée. Il commence sa carrière d'auteur par la publication d'un recueil sulfureux pour son temps, La Légende des sexes, poèmes hystériques et profanes, paru en 1882 sous le pseudonyme de « Sire de Chambley ». Il est conservateur du musée du Trocadéro de 1894 à 1903 et du musée de Cluny de 1903 à 1925. Un sixain de lui est gravé sur le socle de La Force brutale étouffant le génie, marbre par Cyprian Godebski (1888, Musée de Toulon). Il fait partie des Hydropathes et collabore à La Jeune France. Il est président de la Société des gens de lettres de 1920 à 1922. Il légua sa propriété, située sur l’île de Bréhat en Bretagne (Côtes-d’Armor), à la Cité internationale universitaire de Paris.