Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
SIMBAD

Le voyage pour moi ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comble de connaitre sans cesse autre chose. C'est demain, éternellement demain ...

Anri Sala

Publié le 3 Mai 2006 par Simbad Detari in "LE MONDE ALBANAIS" ( "Bota Shqiptare" )

       

 

 

                                              Anri Sala "Three Minutes" (2004)

    "LONG SARROW"

    L’EPURE

    BERLINOISE

    DU

    VIDEASTE

   ANRI SALA

 

 

... Une fenêtre à bascule encadre une boule de fleurs. C'est cette étrange image, portée par une mélodie free jazz, qui ouvre le dernier film d'Anri Sala, "Long Sorrow" (2005). On devine, au loin, un grand ensemble quelconque. Est-ce l'horizon de Tirana, en Albanie, où est né le jeune vidéaste? Ou la banlieue de Paris, où il a longtemps vécu? Non,cette triste ville qui se dessine au loin, c'est Berlin, où l'artiste puise aujourd'hui son inspiration. Plus exactement, un immeuble célèbre pour ses 1800 mètres de long;ses habitants l'ont baptisé"Lange Jammer"("longue désolation"). Mais peu importe le lieu. Dès les premières secondes, une image générique se dégage: celle de la fin des utopies, urbaines, sociales ou politiques. Dans ses films, Anri Sala leur a souvent donné corps : l'oeuvre qui l'a révélé,"Intervista", le montre confrontant sa mère à ce passé qu'elle voudrait oublier, à travers un film d'archives où on la voit, jeune militante, aux côtés du dictateur Enver Hoxha. "Dammi i colori", qui a confirmé son talent, consiste en une errance dans la capitale albanaise, qu'un maire artiste se targua un jour de peindre de mille couleurs, sans pouvoir cacher le désarroi de ses habitants.

Mais Anri Sala ne construit jamais de grandiloquentes démonstrations ; il s'attache plutôt à des détails qu'il fait respirer de sous-entendus. "Ce qui m'intéresse surtout, résume-t-il, c'est la mise en scène du rien, car il est vide de toutes pensées préparées. Remettre à zéro, pour construire." Témoin, ce panneau publicitaire vierge et rutilant qu'il filme longuement en train de refléter un violent soleil couchant. Ou cette très courte vidéo, également présentée à la galerie Crousel, qui s'attache à la palpitation de la lumière dans l'ombre d'une fenêtre (Window Drawing, 2006).Une fenêtre à bascule encadre une boule de fleurs. C'est cette étrange image, portée par une mélodie free jazz, qui ouvre le dernier film d'Anri Sala, "Long Sorrow" (2005). On devine, au loin, un grand ensemble quelconque. Est-ce l'horizon de Tirana, en Albanie, où est né le jeune vidéaste? Ou la banlieue de Paris, où il a longtemps vécu? Non,cette triste ville qui se dessine au loin, c'est Berlin, où l'artiste puise aujourd'hui son inspiration. Plus exactement, un immeuble célèbre pour ses 1800 mètres de long;ses habitants l'ont baptisé"Lange Jammer"("longue désolation"). Mais peu importe le lieu. Dès les premières secondes, une image générique se dégage: celle de la fin des utopies, urbaines, sociales ou politiques.

 

 

Son film "Long Sorrow" joue de davantage de sophistication. En un lent plan-séquence, la caméra s'approche de cette mystérieuse boule de fleurs : une tête, en fait, dont les dreadlocks se mêlent à la bizarre couronne végétale. La tête du saxophoniste new-yorkais Jemeel Moondoc.Il est comme suspendu à la façade de l'immeuble et perdu dans une longue improvisation : les sons de la ville, étouffés, l'inspirent, et il semble leur répondre.De ses harmonies et dissonances, il bouleverse le net ordonnancement des bâtiments alentour. Puis, peu à peu, la caméra s'approchant, son visage devient noir paysage. Bouche en lutte avec la hampe, joues grimaçantes, regard révulsé parfois, et la mélodie comme une douleur. Seuls les derniers instants offrent une réconciliation possible : quand se révèle, en contrebas, un épais jardin qui répond enfin aux fleurs dans les cheveux du musicien.

( Anri Sala, galerie Chantal Crousel, 10, rue Charlot, Paris-3e. Tél.: 01-42-77-38-87. Du mardi au samedi, de 11 heures à 13 heures et de 14 heures à 19 heures. Jusqu'au 3 juin. Sur Internet : www.crousel.com )

BIOGRAPHIE

Né en 1975 à Tirana. Après avoir obtenu son diplôme en Albanie, Anri Sala a poursuivi des études à l’École nationale des arts décoratifs de Paris (section vidéo) puis au Fresnay. Albanais d'origine et vivant en France depuis 1996, Anri Sala interroge dans ses vidéos son identité et ressuscite la mémoire de son pays tout en transcendant sa propre histoire. Anri Sala fait partie de cette génération d'artistes qui a pris conscience du rôle et de la fonction de l'image dans le monde contemporain, aussi bien dans son efficacité politique que poétique. Pendant ses études il a réalisé "Intervista", un film qui a reçu de nombreux prix internationaux. Son travail a été sélectionné lors de nombreux festivals, ainsi qu’à la Biennale de Venise en 1999, dans le pavillon albanais, à l’exposition "After the wall" à Stockholm, à "Manifesta 3" (2000) à Ljubiana, à "Voilà" au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (2000).Son travail emprunte aux différents registres du cinéma: cinéma du réel, documentaire, performance, fiction.

Cinéma du réel pour "Intervista"(1998).À la faveur d’un déménagement, A.Sala découvre un vieux film de propagande sur l’Albanie de la fin des années soixante-dix dans lequel sa mère est interviewée, mais dont le son a été perdu. À partir de là, il part à la recherche du son et des paroles tues, cachées ; il réinterroge les protagonistes du film, anciens militants ou résistants au régime, tente dans une école de sourds-muets de retranscrire la parole perdue pour la confronter à ses souvenirs, redécouvre son passé et son histoire, et prend conscience des transformations politiques et sociales de son pays natal. Quête fondatrice à la fois mythologique et psychanalytique, et prise de conscience de la différence entre passé, souvenir et mémoire. Documentaire pour"Nocturne" où s’entrecroisent deux "portraits". Le premier présente un adulte coupé de la réalité et immergé dans sa passion pour les poissons; le second, un presque encore adolescent qui raconte, comme une confession, son expérience précoce de casque bleu dans les Balkans.

À l’intériorité du premier, filmé en plan large, devrait correspondre l’extériorité, filmé en plan serré sur les mains du second, si ce n’est que l’un et l’autre se révèlent plus complexes. La violence et la dureté de la vie sociale des poissons est analogique à celle du réel extérieur;la dépendance à une passion, une angoisse permanente. Le récit de l’adolescent ressemble au départ à celui d’un délinquant meurtrier type jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il est un soldat de la "paix" d’une étonnante maturité quant à son rôle et sa mission ambiguë. Le film s’achève sur deux solitudes noires et profondes, étranges reflets de notre réel contemporain. Affronter les clichés; faire parler les images.

Publicité
Publicité
Commenter cet article
Publicité