
VOUS AVIEZ MON COEUR
Moi, j'avais le vôtre:
Un coeur pour un coeur;
Bonheur pour bonheur !
Le votre est rendu;
Je n'en ai plus d'autre.
Le votre est rendu
Le mien est perdu.
Marceline Desbordes-Valmore
(1786 - 1859)
Sa renommée de poétesse grandit au fil de ses recueils ultérieurs: 'Poésies inédites' (1830), 'Les Pleurs' (1833), 'Pauvres Fleurs' (1839), et 'Bouquets et prières' (1843). Un ultime recueil de 'Poésies' est publié à titre posthume en 1860. Âme sensible, délicate, impressionnable, elle sait traduire ses sentiments avec une sincérité et une spontanéité rares et surtout dans une langue d’une musicalité qui séduit les plus grands écrivains de l’époque: Lamartine, Béranger, Vigny, Hugo, dont elle restera toujours l’amie, puis Baudelaire, contempteur des femmes de lettres, auprès de qui, elle est la seule à trouver grâce.
Avec les années marquées par les déceptions, les difficultés matérielles, les deuils cruels, son lyrisme gagne en beauté, en intensité et en passion douloureuse. Elle excelle dans l’élégie, où son lyrisme personnel trouve sa juste mesure. Marceline Desbordes-Valmore est un auteur mélancolique dont les vers, d'une grande musicalité, méritent mieux que leur réputation de romantisme grandiloquent et suranné. Sa poésie, qui traduit le désir et les désarrois d'une femme à la recherche de son identité, est profondément originale et étonnamment moderne tant dans le style que dans le rythme; elle fut en effet la première à introduire en France, avant Verlaine, l'usage du vers impair, à user du vers de onze syllabes.